Etre une femme libérée…

Et on se prétend indépendante. On se regarde dans le miroir, chaque matin un peu plus fière de ce que l’on a accompli, on sort du psy réalisant ce que l’on a construit en à peine six mois dans une nouvelle ville. Nouveaux amis, nouveau logement, nouveau job, on se sent soudain contente; enfin relevée de l’affront…

Et puis un matin, votre batterie de voiture vous lâche. Sous le capot, devant ces câbles qui n’inspirent que le désarroi, trouver la force de ne pas flancher, prendre les initiatives, gérer la situation comme une grande, se comporter comme l’adulte que l’on est devenue. On s’énerve de se sentir dépendante pour des trucs de bagnoles, on se met en colère contre nos parents qui nous ont appris plus sur la cuisine que sur la mécanique. On surpassera la situation parce qu’on est une femme libérée, que les clichés genrés n’ont pas d’emprise sur nous. On arrête des passants, on sort des câbles, on branche, et on démarre. On se regarde un peu plus fière encore, un peu plus accomplie.

Mais le lendemain, c’est la voiture qui a disparu, sur le parking en face de chez soi plus rien.

 

Finie la fille indépendante et libérée, il lui reste les larmes, la panique d’être dans un pays dont on ne connait pas les règles, l’angoisse de ne pas se sentir à la hauteur…
Et c’est putain de solitude qu’on essaye de cacher depuis 6 mois. Cette putain d’angoisse à chaque pas dans la rue qu’on ne veut plus voir, qu’on ne veut pas avouer… Sur le parking, devant cette espace vide, c’est toute ces émotions qui surgissent: elle n’avait pas prévenu…

Quand ai je pu croire que je m’en sortirai toute seule? comment ai je pu croire que j’étais déjà une adulte?

On donne son corps sans avoir de sentiments, on baise à tout va en se disant qu’on  maitrise les relations, qu’on domine les sensations. Dans ses rapports éphémères, on se croit sorti de l’obsession, on noie sa tristesse dans des torrents de spermes, on clame son indépendance sexuelle pensant que c’est l’essentiel, mais devant une place de parking vide, on chiale comme une petite pute, on chiale l’amour qu’on a perdu, cette coquille vide que l’on est devenu, on chiale la solitude qu’on ne veut pas avouer, on chiale cette putain qu’incapacité à avoir des émotions pour d’autres, on chiale le putain d’espoir que de pieu en pieu on continue de trimballer…

Et pour mieux se faire croire que ce n’est qu’une phase, on prend un lexotan et on repart prétendre ailleurs que tout va bien… Avec dans la tête ce refrain de Cookie Dingler: “être une femme libérée, c’est pas si facile”.

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